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Catéchèse sur le baptême

PETIT EXPOSE SUR LE BAPTEME

 

 

            Il est naturel de commencer à parler de l’eau pour expliquer ce qu’est le baptême. Il est facile de le faire car il y a quelque chose d’universel dans la symbolique de l’eau. C’est bien pour cela que Dieu s’est servi de l’eau sa créature pour nous faire comprendre le don de sa grâce.

            Mais nous risquons de réduire la signification universelle de l’eau à ce que nous en percevons dans notre propre culture, voire même à ce que les enfants en perçoivent dans leur quotidien: elle lave, elle fait vivre les plantes, vont-ils dire si on les interroge à ce sujet. Pour éviter cet écueil, il faut revenir à ce que la Bible dit de l’eau. Cette méthode doit d’ailleurs être utilisée pour l’étude de tous les sacrements.

            Car Notre Seigneur s’est fait homme comme nous, Il a voulu être semblable à nous pour mieux parler à notre coeur d’homme. Et donc Il s’est incarné dans une civilisation donnée, comme tout homme vit dans une civilisation précise; il a parlé à des hommes pétris par l’Ancien Testament. La culture des Apôtres avait été façonnée par l’intervention des prophètes, élaborée au fil des siècles sous la conduite de la Providence. C’est cette mentalité que nous devons retrouver pour comprendre ce que Jésus a voulu faire.

            Quelle était donc la signification de l’eau dans la Bible? Que ressentaient les disciples de Jean-Baptiste en se plongeant dans les eaux du Jourdain? Qu’a fait Jésus en les y suivant? Que faisons-nous en nous faisant baptiser?

 

 

LA DOUBLE SIGNIFICATION DE L’EAU DANS LA BIBLE

 

            Il est bon de demander aux enfants ce que représente l’eau pour eux. On aura des réponses tournant autour des thèmes de la propreté et de la vie. C’est juste et mérite d’être approfondi et nuancé dans la culture des gens de la Bible.

            Tant que les Hébreux seront des nomades du désert, l’eau sera pour eux le lieu des puissances monstrueuses. Mais dés qu’ils se fixeront en Terre Sainte et la cultiveront, l’eau deviendra l’instrument de la puissance de Dieu. Ainsi l’eau du baptême est d’une part le symbole du péché qu’on abandonne, et d’autre part le signe d’une vie nouvelle en Dieu.

 

Déluge et inondations

            La naissance du peuple hébreu se situe lorsque vers 1800 avant Jésus-Christ Abraham quitte son pays avec sa famille, redevient un pasteur nomade en attendant d’avoir un pays que Dieu lui donnera. Les nomades du désert ne connaissent pas les grandes masses d’eau, elles leur font peur quand on les leur décrit.

            Le premier exemple en est le déluge. On ignore quel fait a pu donner naissance à cette histoire que nous raconte la Genèse, le premier livre de la Bible. Mais les catastrophes naturelles liées à la mer ne manquent pas, notamment celles qui peuvent avoir donné naissance à la légende de l’Atlantide.

            On sait en tout cas qu’une race humaine au crâne plus grand que le nôtre vivait il y a quatre-vingt mille ans, et que notre race actuelle l’a totalement supplantée vers quarante mille ans avant notre ère. Cela peut avoir donné l’idée de l’histoire de Noé, qui sauva l’humanité d’une inondation de toute la surface de la terre en se réfugiant avec sa famille et son bétail sur un grand bateau que Dieu lui avait inspiré de construire.

            Quant à la forme de cette inondation due à une pluie de quarante jours et quarante nuits, elle peut avoir été inspirée par des inondations entre le Tigre et l’Euphrate, les deux grands fleuves qui mêlent leurs eaux avant de se jeter dans le golfe persique. Il arrive qu’on ne voie plus la terre découverte sur tout l’horizon de ce qui est normalement le désert. Rien n’empêche évidemment de prendre au pied de la lettre les récits de la Bible, mais l’Eglise ne s’oppose pas, au contraire, à l’idée que l’Esprit-Saint se soit fait comprendre au moyen non seulement de faits miraculeux, mais aussi de la façon dont on les a racontés pour en faire mieux ressortir la valeur pédagogique.

            Mais ces récits des origines et l’idée négative qu’on se fait de l’eau vont être renforcés par une autre expérience des descendants d’Abraham. Il s’agit de leur séjour en Egypte. Poussés par la famine qui sévit en Canaan, le pays où ils font paître leurs troupeaux, et auquel les Philistins donneront plus tard leur nom (Palestine), ils se réfugient en Egypte où Joseph, l’un des leurs, lui aussi inspiré par Dieu, a été nommé Premier Ministre avec pour mission précisément de contrer les conséquences de la sécheresse.

            Installés dans le delta du Nil, les Hébreux sont saisis par ce prodige qu’on n’expliquera qu’à l’époque moderne. Ce fleuve déborde en pleine saison sèche et son eau devient rouge. En fait cela tient à ce que les sources du Nil sont situées vers l’Equateur, dans des régions au climat inversé par rapport à l’Egypte. Et dans leur long périple, les eaux se chargent de boues rouges arrachées aux terres occasionnellement immergées.

 

Le Nil et la Mer Rouge

            Les Hébreux sont d’autant plus mal influencés par ce phénomène qu’ils considèrent l’Egypte comme une terre de péché dont les habitants vont les réduire peu à peu en esclavage. Et ils mettront bien du temps à se débarrasser des cultes des faux dieux qu’ils ont rencontrés dans le pays.

            L’épisode du « Veau d’or » en témoigne - en fait il s’agit de la statue d’un jeune taureau qui rappelle le dieu égyptien Apis. Ils le façonnent peu après leur sortie d’Egypte sous la conduite de Moïse. Profitant de l’absence de celui-ci qui reçoit la révélation des dix commandements, ils obligent son frère Aaron à faire cette statue.

            Par la suite, réinstallés en Canaan, une partie d’entre eux bâtira encore des sanctuaires où un veau sera présenté à l’adoration des fidèles. Peut-être d’ailleurs ces animaux n’étaient-ils destinés, à l’origine, dans l’idée des promoteurs de ce culte, qu’à être le marchepied d’une divinité qu’on se gardait autrement de représenter.

            En tout cas l’expérience égyptienne laisse un souvenir désastreux dans la mémoire historique du peuple hébreu. Et dans le récit épique de leur libération, ils racontent que Dieu, pour punir les Egyptiens et les décider à les laisser partir, changea en sang les eaux du fleuve en sorte que plus personne ne pouvait boire (Exode 7, 14-25).

            Et c’est encore dans la mer que l’armée de pharaon est engloutie (Exode 14). La Mer Rouge obéit à Moïse, l’envoyé de Dieu: elle s’ouvre pour laisser passer le peuple allié de Dieu qui en est comme déjà régénéré, elle se referme sur les chars de ses poursuivants. Nous sommes à peu près en 1250 avant J.C.: les Hébreux vont bientôt se sédentariser en Israël.

Tempêtes et monstres marins.

            On le voit, l’expérience maritime du peuple hébreu est nulle. Elle le restera jusqu’après le règne de David, vers l’an mille avant Jésus. Car ils vivent dans les montagnes, la côte étant occupée par leurs ennemis, les Philistins, qui vivent dans l’actuelle Bande de Gaza.

            Aussi doivent-ils l’essentiel de leurs connaissances maritimes aux récits de leurs autres voisins, leurs alliés du Nord, les Phéniciens, ancêtres des Libanais. Les Phéniciens sont d’excellents navigateurs. Ils parcourent tout le bassin méditerranéen et se risquent bientôt au-delà des Colonnes d’Hercule - le nom que les Grecs donnaient au détroit de Gibraltar - et jusqu’en Grande Bretagne, qui porte un nom phénicien: « le pays de l’étain ».

            Mais ils savaient où étaient leurs intérêts. Ils voulaient se réserver les routes commerciales. Aussi racontaient-ils toutes sortes d’histoires sur les monstres et les tempêtes qu’ils y affrontaient. Et quand on entend nos propres récits, on se dit que si les marins d’alors avaient la même psychologie que nous, ils n’avaient pas beaucoup à se forcer pour impressionner leurs auditoires.

            Si bien que la mer dans cette perspective est pour les Hébreux le lieu où Dieu permet l’instabilité et le chaos, afin que son influence harmonieuse en soit mieux appréciée ailleurs. Le Seigneur garde pourtant tout pouvoir sur le monde. S’il a créé Léviathan, le grand monstre marin, c’est pour s’en rire (Psaume 104, 26). Et il a fixé à la mer des limites qu’elle ne franchira pas (Job 38, 8-11).

            Les marins de Salomon, le fils et successeur de David, pouvaient donc avoir une certaine confiance. Formés par les Phéniciens qui voyaient le moyen d’ouvrir de nouvelles routes vers l’Orient, ils s’aventurèrent sur la Mer Rouge à partir du port d’Eilat (2 Chroniques 8, 17-18). Ainsi ils purent à leur tour décrire les tempêtes:

            Descendus en mer sur des vaisseaux pour faire du négoce sur les grandes eaux, ceux-là ont vu les oeuvres du Seigneur et ses merveilles dans le gouffre. Il dit et fit se lever un vent de tempête qui souleva ses flots, ils montaient aux cieux, descendaient aux abîmes, sous le mal leur âme fondait, ils tournoyaient, vacillaient comme un homme ivre, et toute leur sagesse était engloutie. (Psaume 107, 23-27)

 

La mer dans l’évangile

            Dans les évangiles aussi, la mer est le lieu de la présence des démons. Ainsi, un jour, Jésus va dans le pays des géraséniens, au Nord-Est du Lac de Tibériade, c’est à dire vers le plateau du Golan dont les pentes tombent à pic dans ce qu’on appelle aussi la mer de Gallilée. Jésus y rencontre un des pires possédés que la Bible nous présente. En l’expulsant, il lui demande son nom : « Légion, car nous sommes nombreux. » Et ils demandent à Jésus de les autoriser à se retirer dans un troupeau de porcs qu’on gardait là. La permission aussitôt accordée, le troupeau se précipite dans la mer : pour les assistants, ce ne semble pas faire de problème, la mer est la résidence normale des démons. Le passage s’achève sur une note d’humour, suivie d’une note d’espoir. Avec une grande prudence, les habitants viennent demander à Jésus de quitter leur pays; sans doute craignent-ils qu’il ne malmène davantage l’économie locale qui repose sur un élevage prohibé par la loi juive. L’homme guéri veut suivre Jésus, qui lui dit de rester sur palace pour rendre témoignage, et ainsi préparer l’évangélisation après la Pentecôte.

            Deux autres évènements sont à interprêter dans la même perspective. Quand Jésus apaise la tempête, ou quand il marche sur l’eau, il a une action à un double niveau. D’abord au niveau naturel : il manifeste sa puissance de créateur sur le monde matériel créé. Mais aussi il manifeste son empire sur toutes les créatures spirituelles qui infestent l’eau comme l’air et y provoquent le trouble et l’agitation. Il domine les démons et leur marche sur la tête. On trouve une allusion à cela dans le second exorcisme de l’ancien rituel du baptême :

            « Je t’adjure de sortir de ce serviteur de Dieu, car celui qui te l’ordonne, c’est celui qui a marché sur la mer et qui a tendu la main à Saint Pierre qui s’y enfonçait. » On peut souhaiter que ce passage soit rétabli, au choix, dans l’actuel rtituel.

La pluie, bénédiction de Dieu.

            L’expérience marine des Hébreux ne dura pas après la mort de Salomon et la division de son royaume. Si bien que c’est d’un autre côté que vint le second aspect, positif, de l’eau dans la culture biblique. On en a une préfiguration dans les thèmes anciens des puits et des oasis. Le jardin d’Eden est représenté comme une oasis où la nappe phréatique vient affleurer, se qui fournit à Dieu le matériau dans lequel il façonnera l’homme. Et Jacob creusera un puit, vraie source de bénédiction pour des millénaires.

            Mais si les nomades n’ont besoin que de très peu d’eau, les cultivateurs attendent la saison des pluies avec impatience. L’eau devient ainsi le signe de la bénédiction de Dieu et l’image de l’action bienfaisante de sa parole:

            De même que la pluie et la neige descendent du ciel et n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondé et fait germer, pour qu’elle donne la semence au semeur et le pain à celui qui mange, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche: elle ne retourne pas vers moi sans effet, sans avoir exécuté ce que je voulais et fait réussir ce pour quoi je l’avais envoyée (Isaïe 55, 10-11).

            Et c’est bientôt l’absence de pluie qui manifeste la malédiction. Pour punir le roi Achab qui abandonne le culte du Seigneur au profit de celui de Baal, Dieu envoie une sécheresse dont le début et la fin sont annoncés par le prophète Elie (1 Rois 17-18).

            Pour expliquer ces choses aux enfants, il est bon de raconter au moins une partie des histoires de la Bible qui ont été rappelées ci-dessus. Il faut leur apprendre en même temps la profondeur spirituelle du récit, à en tirer l’essentiel.

 

 

LE BAPTEME DE JEAN

 

Les rites de purification et le baptême

            De ce double rôle de l’eau viennent les rites de purification des Juifs, qui seraient autrement restés sans doute de simples mesures d’hygiène (Marc 7, 3-4). Il s’agit d’emporter les impuretés, et de restituer à ce qui est béni son intégrité première.

            L’évangile rapporte plusieurs incidents à ce sujet. Un jour, on reproche à Jésus le fait que ses disciples ne se lavent pas les mains avant de manger (Matthieu 15, 2). Une autre fois, un hôte de Jésus néglige de lui faire laver les pieds à son arrivée chez lui (Luc 7, 44).

            Ces rites de purification au moyen de l’eau ont été développés au maximum chez les Esséniens. Ce groupe religieux avait une communauté à Qumran, là où l’on a retrouvé les fameux manuscrits de la Mer Morte. Sans ces textes, avec seulement le résultat des fouilles, on aurait pu croire, dit-on, que ces grottes de Qumran étaient un établissement de bain: après le repas, on submergeait le réfectoire en ouvrant une vanne!

            L’évangile rapporte que Saint Jean-Baptiste « fut dans les endroits déserts jusqu’au jour où il se présenta à Israël ». Certains pensent que ces déserts pourraient être justement Qumran (à supposer que la communauté existât alors, car certaines descriptions la font ressembler à la communauté des croyants de Jérusalem, Juifs devenus chrétiens, décrite dans les Actes des Apôtres).

 

Le baptême dans le Jourdain

            En tout cas les auditeurs de l’inventeur du baptême pouvaient bien comprendre son geste: en entrant dans le Jourdain et en s’y immergeant, ils se reconnaissaient pécheurs, selon ce que l’eau représentait de négatif pour eux. En ressortant de l’eau ils manifestaient leur désir de renoncer à leur vie de péché antérieur.

            C’est pourquoi ils demandaient à Jean-Baptiste comment désormais ils devaient vivre. L’Evangile rapporte des réponses qui ont dû surprendre ses auditeurs tant elles annoncent les renversements de valeurs que Jésus va opérer.

            Les publicains, ces membres de la fonction publique de l’empire romain, étaient accusés de trahison par leurs concitoyens juifs, et cette trahison se doublait d’une apostasie, puisque religion et nationalité allaient de pair dans leur mentalité. Jean ne leur dit pas de quitter leur métier, mais seulement de ne pas abuser de leur situation. La réponse est la même pour les soldats: s’ils veulent être prêts à rencontrer le Christ, il peuvent rester militaires, à condition de se contenter de leur solde et de ne molester personne.

            Ainsi, purifiés par leur baptême, les disciples de Jean entraient dans une vie nouvelle, prêts à recevoir le Sauveur que leur maître annonçait.

 

 

QUAND JESUS SE FAIT BAPTISER

 

Action symbolique

            Quand Jésus est venu se faire baptiser dans le Jourdain par Jean-Baptiste, il savait que les assistants avaient la même culture biblique que lui. Il reprend donc les éléments du baptême de Jean en les enrichissant par une action symbolique.

            On rencontre des actions symboliques chez les prophètes de l’Ancien Testament. En voici un exemple. Dieu inspire un jour au prophète Ezechiel de faire un trou dans le mur de sa maison, par où il doit sortir avec pour bagage un simple baluchon,la tête voilée, de nuit. Les gens lui demandent ce qu’il fait. Il explique: « ce que j’ai fait, vos princes le feront aussi. Un jour, on percera les murs de Jérusalem assiégée, le roi sortira en cachette; mais il sera fait prisonnier avec sa suite et on l’emmenera en captivité ». Autrement dit: « Je me comporte comme vous vous comporterez ».

            En fait, ce que Jésus symbolise en se faisant baptiser, ce est d’abord ce que lui-même va faire, ensuite ce que nous allons faire.

 

L’eau vive

            Quand Jésus descend dans l’eau du Jourdain, bien sûr, selon une explication des Pères de l’Eglise, il sanctifie les eaux. C’est comme s’il y introduisait l’Esprit-Saint en vue de notre propre baptême. Ainsi les eaux sanctifiées du Jourdain préfigurent l’eau qui va couler du côté du Christ mort en croix: cette eau porte en elle l’Esprit-Saint, envoyé à cause des mérites de la passion de Jésus.

            C’est donc, spirituellement, dans cette eau que nous sommes baptisés: elle est donc le nouveau fleuve de vie qu’Ezéchiel avait vu sortir du côté droit du temple. Jésus y fera allusion devant la Samaritaine auprès du puit de Jacob. L’eau enfermée dans le puits représente la loi ancienne, l’eau vive représente le baptême dans l’Esprit de prière.

 

 

 

L’ensevelissement

            Mais il y a une autre explication. Jésus n’a aucun péché, il n’a pas besoin de se reconnaître pécheur comme ceux qui se faisaient baptiser par Jean. Celui-ci veut d’abord l’en dissuader. Mais Jésus insiste, car il veut montrer qu’un jour il prendra sur lui-même tous nos péchés, afin de nous en débarrasser et de les détruire par sa mort.

            Quand Jean-Baptiste verse de l’eau sur la tête de Jésus, celui-ci en est recouvert. Cet acte préfigure la mort de Jésus et sa mise au tombeau, quand il sera recouvert par la terre. Jésus veut sans doute prophétiser sa mort. C’est une nouvelle façon d’affirmer à son Père qu’il est venu faire sa volonté. Désormais, on voit bien qu’il ne peut plus reculer.

 

La vie nouvelle

            Quand Jésus ressort de l’eau, il annonce sa résurrection. Il prophétise que le tombeau ne le retiendra pas plus que le Jourdain. Mais on comprend aussitôt que c’est parce qu’il est le Fils de Dieu que la mort ne peut le retenir dans ses liens.

            En effet, au moment où Jésus est en prière au bord du Jourdain, la voix du Père se fait entendre: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. » Et l’Esprit-Saint est présent à toute la scène, où il se manifeste sous l’apparence d’unne colombe.

            Ainsi cette vie de Jésus qui est plus forte que la mort c’est la vie même de la Trinité: c’est la vie de Dieu. Jésus lui-même nous encourage à voir dans son baptême par Jean l’annonce de sa mort et de sa résurrection; il y fait allusion en disant; « Je dois être baptisé d’un baptême ».

 

 

LE BAPTEME DANS L’EGLISE

 

            Après sa résurrection, juste avant son ascension, Jésus fait ce qu’il faut pour que nous-mêmes nous puissions vivre de cette vie de Dieu qui est la sienne. Il dit à ses Apôtres: « Allez dans le monde entier, de toutes les nations faites des diisciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. »

 

Une action symbolique

            Le baptême se présente comme une action symbolique d’un type particulier. Celles des prophètes de l’Ancien Testament annonçaient un évènement futur. L’action symbolique de Jésus se faisent baptiser par Jean annonce sa mort et sa résurrection à venir. Mais lorsque le chrétien se fait baptiser, il rappelle un évènement passé, en y entrant lui-même: il est « baptisé dans la mort et la résurrection de Jésus », comme dit Saint Paul.

Baptisés dans la mort de Jésus.

            Jésus n’annonçait pas seulement ce qu’il allait vivre, il prophétisait aussi ce par quoi nous devons passer pour vivre de la vie éternelle avec lui. Il s’agit de mourir au péché, comme lui-même est mort en ayant prit sur lui tout les péchés du monde.

            Nous sommes baptisés dans la mort de Jésus en ce sens qu’avec lui nous sommes recouverts d’eau, par trois fois en souvenir des trois jours où il demeura retenu en terre. Symboliquement, le nouveau baptisé est enterré avec Jésus.

 

Purifiés du péché

            En recevant l’eau sur sa tête, le baptisé est symboliquement immergé. On doit voir dans ce geste celui-là même des disciples de Jean. Il s’agit donc dans un premier temps d’être libèré de tout péché. Bien sûr, les enfants peuvent déjà connaître par ailleurs cette partie de l’enseignement de l’Eglise, qu’il faut voir avec le « Je crois en Dieu ». Mais il est bon d’en rappeler ici les grandes lignes.

            Lorsque le premier homme et la première femme reçurent la capacité de connaître et d’aimer Dieu - sans laquelle il n’y a pas d’humanité - ils l’exercèrent immédiatement. Ils étaient dans un bonheur spirituel, qui rejaillissait jusque sur leur existence matérielle. Etant en lien direct avec le Créateur, ils n’avaient rien à craindre de la création.

            Etant plongés dans l’amour de Dieu, il savaient ce qu’il fallait faire pour demeurer dans cet amour. Mais nous savons que nous sommes dépendants de ceux que nous aimons. Par désir d’indépendance, nous sommes tentés de nous soustraire à l’amour et à ses obligations. Pour être les égaux de Dieu et ne rien lui devoir, Adam et Eve ont désobéi à la loi de l’amour: une simple attitude intérieure de doute entretenu quant au fait de rester ou non dans l’intimité de Dieu est déjà une rupture totale d’avec lui.

            Or les deux premiers êtres humains ne pouvaient pas agir seulement pour leur propre compte. En eux était contenue toute leur descendance. Ils avaient donc pour mission d’orienter toute l’humanité avec eux dans la fidélité à l’amour de Dieu. Ils ont failli dans leur mission et chaque membre de leur descendance en est atteint. Nous n’avons pas commis personnellement le péché originel, mais nous en sommes personnellement affectés. C’est pour rétabir l’humanité dans son orientation à Dieu que le Fils de Dieu s’est fait homme.

            C’est par le baptême que Jésus applique en fait à chacun de nous ce qu’il a obtenu en droit pour toute l’humanité. En étant plongé dans l’eau du baptême, nous sommes rattachés à Jésus qui est mort pour effacer le péché. Et à ceux qui sont baptisés après l’âge de raison, les péchés commis personnellement sont donc également remis par leur baptême. On verra à propos du sacrement de pénitence ce qui reste à reconstruire dans notre coeur blessé par le péché, après que le péché ait été remis.

 

Baptisés dans la résurrection du Christ

            C’est aussi dans la résurrection de Jésus que nous sommes baptisés. Parce qu’il est passé par la mort, Jésus a été glorifié jusque dans sa nature humaine. De même, le baptisé, qui accepte de mourir avec Jésus, ressuscite avec lui et vivra pour toujours de la vie de la Trinité.

            Quand il ressort de l’eau du baptême, le chrétien se trouve dans la situation de Jésus en prière au bord du Jourdain. Comme il l’avait dit à Jésus, le Père dit au nouveau chrétien: « Tu es mon fils bien-aimé ». Et l’Esprit, qui planait sur les eaux primordiales de la genèse et qui s’est manifesté au baptême de Jésus sous l’apparence d’une colombe, marque le nouveau chrétien d’une empreinte indélébile. Il le « prend sous son ombre », comme on le dit de Marie à l’annonciation.

 

Un don de Dieu

            Un sacrement est toujours avant tout un don de Dieu. L’homme doit s’efforcer de le recevoir convenablement, mais l’initiative est du côté de Dieu. C’est lui qui nous a aimés le premier.

            Pour marquer que ce don est gratuit, il faut qu’un sacrement soit « servi » - comme on sert un repas - par une personne spéciale, qu’on appelle le « ministre ». En fait, le ministre est le serviteur de Dieu dans son don. En aucun cas, le ministre d’un sacrement ne peut être pris au hasard.

            Pour le baptême, le ministre était normalement l’évêque dans l’Eglise primitive. Mais le prêtre ou le diacre sont les ministres habituels du baptême. Toutefois, quand on ne peut attendre qu’un prêtre ou un diacre soit disponible, un laïc peut être ministre du baptême. Cela peut se produire par exemple dans de petites communautés chrétiennes isolées dans la forêt vierge ou sur les atolls du Pacifique, que le prêtre ne vient pas visiter souvent.

            Mais en cas de danger de mort de la personne à baptiser, n’importe quelle personne de son entourage peut la baptiser, même s’il n’est pas chrétien. C’est pourquoi il faut connaître par coeur l’essentiel du rituel: on verse par trois fois de l’eau sur la tête du baptisé en disant: « Je te baptise, au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit. » Le baptême est ainsi valide: si la peersonne échappe à la mort qui la menaçait, on fait des cérémonies complémentaires, mais on ne recommence pas le baptême proprement dit.

            L’Eglise considère donc comme valide le baptême donnée par des protestants, bien qu’ils n’aient pas de prêtre. Et les catholiques du Japon ont pu vivre en communautés sans prêtre pendant plus d’un siècle, alors qu’on les croyait anéantis par la persécution et l’isolement dans le reste de l’Eglise.

 

Le don de la foi et le don à Dieu

            Passer avec Jésus par sa mort et sa résurrection montre qu’on croit qu’il est vraiment ressuscité, qu’il est le Fils de Dieu. Le fruit principal du baptême est la foi que Dieu nous donne. Par la foi, nous sommes unis à Jésus qui est Dieu. Du même coup nous entrons dans l’Eglise, qui est justement l’ensemble des gens unis à Dieu.

            Cette union est un don total qu’on fait à Dieu de sa personne tout entière. A partir du baptême, on appartient à Dieu. Tout dans nos pensées et nos actions lui appartient. Il faut y insister, car toute la vie chrétienne dépend de cette affirmation. En particulier on ne peut pas expliquer le mariage ou la vie religieuse sans cela.

            Et bien sûr, on n’invente pas sa foi. Elle n’est pas quelque chose de subjectif, que chacun se fabriquerait à la petite mesure de son coeur. C’est l’Eglise qui est la dépositaire de la foi, et le Pape qui est le garant de ce dépôt. Les dogmes définis par l’Eglise servent à ne pas déformer en notre esprit l’itinéraire qui nous mène à Dieu. Sans cela il n’y a plus de vie chrétienne, plus d’union véritable et totale à Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ.

Implications.

            Ce n’est pas sans exigence, bien au contraire. Mourir avec Jésus implique de mourir au péché. Notre vie nouvelle doit être pure. Mourir avec Jésus, c’est accepter de souffrir avec lui, et d’abord en luttant contre nos péchés. En fait, comme l’a souligné Sainte Thérèse de Lisieux, il s’agit avant tout de s’exposer à l’amour de Dieu comme on s’exposerait aux rayons du soleil.

            Nous n’aurons pas tous à mourir martyrs. Mais tous nous connaîtrons une multitude d’épreuves. La vie chrétienne consiste à les accepter comme Jésus a accepté les siennes. Mieux: il s’agit d’offrir nos vies - dans l’épreuve ou non, à Dieu le Père comme le Fils l’a fait, en s’offrant pour notre salut personnel et pour celui de toute l’Eglise. Le baptême nous rends capables de participer à l’action par laquelle le Fils de Dieu nous a sauvés.

            Si nous en sommes capables, c’est parce que Dieu déjà habite en nous. Le baptême n’est pas une récompense que Dieu accorderait à nos mérites. C’est un don gratuit par lequel il nous donne sa vie. Il serait donc criminel de refuser ce don que Dieu veut faire aux petits enfants. Car dés le baptême, nous sommes vivants de la vie éternelle de la Trinité qui vient habiter en nous. Il faut placer le plus tôt possible l’enfant sous cette influence de Dieu.

 

Marqués pour toujours

            La marque produite en notre âme par le baptême est appelée un « caractère »: On peut penser aux caractères d’imprimerie, mais pour le baptême il ne s’agit pas d’une simple marque de surface: c’est un lien indélébile avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ce lien vient comme renforcer celui qui nous unit à Dieu qui nous crée. Il se peut que nous y soyons infidèles, mais ce lien ne disparaît pas du fait que nous n’en profitons pas.

            Dieu est présent dans nos âmes sans les blesser, comme l’eau est dans l’éponge, expliquaient déjà les Pères de l’Eglise. Au baptême, dit-on aussi, nous sommes greffés sur Jésus. Notre vie n’est pas seulement créée, elle est perpétuellement revivifiée.

 

A bord de l’aviso Commandant Birot,

devant les Ïles Hanish.

8 Septembre 1998.



13/04/2020
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